lundi 11 mai 2020

Sayalay Dipankara Ce que sentent les animaux






Les animaux sont très sensibles. Ils ont aussi beaucoup de Metta (bienveillance). L’année dernière, j’étais à Sydney. Après la retraite, je séjournais à la campagne. Tous les soirs, j’allais au village en passant par la route, et je chantais des chants de Metta. Il y avait beaucoup de vaches, de chevaux et de kangourous, et je chantais pour eux, du fond de mon cœur. Je leur souhaitais qu’ils puissent pratiquer la méditation dans leur prochaine vie, en tant qu’humains, et je le leur disais, de tout mon cœur. Je crois qu’ils pouvaient le sentir.


Comme j’ai un problème de genou, je ne peux pas toujours bien marcher et des fois je dois me reposer. Un jour, j’étais restée dans ma kuti (mini bungalow). Je pouvais entendre les vaches, pendant des heures, elles meuglaient terriblement fort. Je sentais qu’elles pleuraient. Alors j’ai décidé d’ignorer la douleur, je suis allée les voir. Quand elles m’ont vu, elles se sont toutes arrêtées. Elles se tenaient toutes tournées dans ma direction. Alors je me suis mis à chanter le chant de Metta, et à partager mes mérites avec elles. Elles ont écouté très calmement, jusqu’à ce que j’aie fini. Elles ne se sont mises à bouger qu’après que j’ai fini de chanter. Je crois qu’elles sentent ces choses.

Dans mon centre de méditation,  il y a trois chiens. Ils me protègent toujours. Un jour, trois bhikkhus venant du centre Pa Auk sont venus me visiter. Je les connaissais bien parce qu’ils avaient pratiqué la méditation avec moi chaque année quand j’étais allée enseigner au Japon. Ils avaient participé à chaque retraite, et je leur enseignais à chaque fois. À cette époque-là, ils étaient très gentils avec moi. Après que je sois revenue du Japon, ils étaient allés dans un monastère et s’étaient faits ordonner. Après leur ordination, ils sont devenus très hautains. « Nous sommes des bhikkhus, nous sommes des moines, supérieurs à des nonnes. » Vous voyez de quoi je veux parler. Ils avaient ce genre de pensées. Quand ils sont venus à notre centre, je me suis occupée d’eux, je leur ai offert de la nourriture, et tout ce dont ils avaient besoin.
Après cela, l’un des moines, qui avait été l’un de mes étudiants, se mit à critiquer notre centre. Je suis restée tranquille et je n’ai rien dit, je lui ai juste pardonné. Je savais qu’il avait oublié sa situation. Parce qu’après avoir mis la robe, il s’était mis à penser qu’il était supérieur, et qu’on devait toutes lui rendre hommage. Ils ont toujours ce genre d’attente. C’est aussi très dangereux pour eux. Même si ils ont mis les robes, ils n’ont quand même pas pratiqué jusqu’à atteindre le degré de sotapannas (être entrés dans le courant du Dhamma, autrement dit, avoir connu un premier degré d’illumination). 

Le Dhamma est plus élevé que la Sangha, ils l’ont oublié. Ils pensent qu’une fois qu’ils sont devenus moines, tout le monde doit leur rendre hommage, que tout le monde leur est inférieur. Ils pensent comme ça, beaucoup d’entre eux. Ils apprennent de nous, et après leur ordination, ils pensent que nous leur sommes inférieures.
Donc ils se sont comportés comme ça avec moi, mais j’ai accepté. J’ai ignoré leur attitude, j’ai pratiqué l’équanimité, j’ai pensé seulement à ce que je devais faire. Mon devoir est d’enseigner le Dhamma. Mon seul intérêt est de devenir arahant (le stade ultime d’éveil). Je ne m’intéresse pas à mon nom. Si je veux être connue, c’est très facile, mais ça ne m’intéresse pas. C’est pour ça que je ne veux entrer en compétition avec personne. Si d’autres veulent entrer en compétition, qu’ils fassent ce qu’ils veulent, ça ne m’intéresse pas. Je m’en vais. C’est mon style, ça fait des années que je fais comme ça.

À la fin, ils étaient sur le départ et se tenaient au bord de la route. Alors je voulais me prosterner devant eux (selon la coutume), et je me suis prosternée devant les deux premiers moines. Ensuite, je voulais me prosterner devant le troisième, celui qui nous critiquait. Je voulais juste le faire respectueusement, sans mauvais ressenti, avec un cœur pur. Alors nos trois chiens sont apparus et se sont mis en face de moi. Je ne pouvais pas me prosterner, vraiment, c’était impossible. Tout le monde s’est arrêté, tout le monde était surpris. Je voulais m’incliner, mais ils me poussaient la tête. J’étais vraiment surprise. Les chiens ressentaient la situation et ils ne me laissaient pas m’incliner.

Alors l’un des anciens moines qui était là m’a dit : « sœur, tu ferais mieux de ne pas te prosterner. » Les chiens ressentaient donc tout cela. C’est pour ça qu’il faut envoyer Metta à tous les êtres vivants.

Et vous aussi (en s’adressant à l’assemblée), vous deviendrez peut-être des bhikkhus (moines), et si vous le devenez, ne soyez pas si hautains. Même les animaux ne vous aimeront pas si vous êtes hautains, d’accord ? (rires)

Les robes sont les robes, elles ne sont pas importantes. La question importante est : pourquoi se faire ordonner ? La raison, c’est qu’on veut se détacher de nos défauts, les enlever, mettre un Dhamma pur dans nos cœurs. Ils ont oublié cela. Parfois, ils deviennent connus, ils se font un nom. Ils ont beaucoup de possessions, les gens leur en offrent beaucoup. Ils ont beaucoup de dévots, et ils oublient tout. Ils deviennent hautains et ne savent pas comment vivre avec les autres. C’est un problème dans de nombreux centres, il y a beaucoup de jalousie. Ne croyez pas que la vie monastique soit paisible. Pour le savoir, il faut s’y être confronté, comme je l’ai fait pendant cinq ans. Au bout de cinq ans, on sait combien c’est difficile. Ce n’est pas que tous soient mauvais, il y en a qui pratiquent vraiment le Dhamma.

Ceux qui atteignent un certain niveau de pratique savent comment se contrôler. Il faut pratiquer au moins jusqu’au stade de sotapanna. Après cela, il n’y a plus de jalousie, on se sent bien. On sait comment s’occuper de son esprit, et alors on est en sûreté. C’est là seulement qu’on tire parti du fait de porter la robe. C’est pour ça que, quand j’ai des étudiants qui veulent prendre la robe, je ne les encourage pas à se faire ordonner rapidement. Attends. Tu dois d’abord pratiquer jusqu’à devenir sotapanna. Ils ne sont pas toujours contents de moi. Partout où ils vont, ils peuvent être ordonnés très facilement. Mais je leur dis d’attendre jusqu’à ce qu’ils soient vraiment satisfaits de leur pratique. Sinon, je me fais du souci pour eux.

C’est ce que je veux partager avec vous :  je ne suis pas sûre de vos intentions. Est-ce que vous voulez le nirvana ou pas ? Nirvana, c’est la vacuité, pas de nama (esprit), pas de rupa (corps). Pas de possessions, pas de maison. Plus de souffrance, parce que vous avez tellement de choses. Quand vous voulez beaucoup de choses, vous devez souffrir, vous comprenez ? La vacuité, c’est le vide. Ceux qui comprennent vraiment le Dhamma apprécient le vide. Si vous avez beaucoup de choses, vous vous faites beaucoup de souci.  Si vous avez dix voitures, vous avez dix voitures à réparer. C’est comme ça. La vacuité, c’est le vide. Plus de souffrance. C’est ça le vrai nirvana.

Source Bouddhisme au féminin voir article complet

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