dimanche 18 janvier 2015

Simone Jiko Wolf : Qu'est-ce qu'un temple zen, L'esprit du zen

Sagesses Bouddhistes reçoit Jiko Simone Wolf, maître zen, résidant en Suisse, fondatrice depuis plusieurs années, de centres zen et du temple Ryokuinzan Kôsetsu-ji. Quelles sont les origines de fondation des temples, comment se perpétue la transmission entre le Japon et l’Europe et quelle est la place des femmes dans les nouvelles structures occidentales du zen.





Quels sont les trois esprits qui animent les responsables d’un temple zen : l’Esprit Vaste, l’Esprit de la Grand-Mère et l’Esprit Joyeux. Que signifient-ils, comment y parvenir et comment les conjuguer ? Réponses avec Jiko Simone Wolf.



lundi 5 janvier 2015

Le bouddhisme à l’épreuve de la vie - Ani Patchen par Sofia Stril-Rever

Ani Patchèn a vécu trois vies en une : née princesse, devenue guerrière engagée dans la résistance tibétaine avant d’être emprisonnée vingt ans dans les geôles chinoises, elle a quitté ce monde en février 2002 à Dharamsala.
Par Sofia Stril-Rever

Ani Patchèn a vécu trois vies en une : née princesse, devenue guerrière engagée dans la résistance tibétaine avant d’être emprisonnée vingt ans dans les geôles chinoises, elle est aujourd’hui nonne à Dharamsala. Le récit autobiographique qu’elle publie dans le livre Et que rien ne te fasse peur aux éditions NIL, est une leçon de vie exemplaire, l’application des enseignements bouddhistes dans les circonstances les plus extrêmes et les plus cruelles de la vie.

Ani Patchèn fait revivre pour nous, au début de son livre, un Tibet qui n’existe plus désormais. Le Tibet de son enfance est celui de souvenirs heureux au sein d’une famille aristocratique, dans une région sauvage et retirée du Kham. Son père est chef du comté de Lhemda, il lui incombe plusieurs responsabilités, comme de rendre la justice dans les territoires placés sous son administration. Ani Patchèn se rappelle la foule qui se pressait dans la salle d’audience attenante à la maison, les querelles, les sons des voix furieuses qui montaient jusqu’à sa chambre. Les souvenirs sont précis, sensibles, comme ce vent d’ouest que la jeune fille écoute battre contre les volets et siffler sous les grandes portes de bois de la maison de son enfance. « C’est le vent des changements », dit-elle.

Et le premier bouleversement de sa vie est l’annonce de son mariage qu’elle apprend en écoutant derrière la porte une conversation de ses parents. Elle se rebelle intérieurement, son destin n’est pas d’être la compagne d’un homme, la mère de nombreux enfants. Sa tante bien-aimée qui est devenue nonne, Ani Rigzin l’a mise en garde : « Le mariage est souffrance. Une fois mariée, on ne peut plus revenir en arrière. C’est une voie pavée de tourments. » Or la paix, la sérénité loin des tensions quotidiennes, Ani Patchèn sait où les trouver, au monastère où elle aime aller se recueillir, où elle se souvient avoir entendu le maître dire que « la nature de l’esprit est claire lumière ; nos expériences de ce monde ne sont que des vagues à sa surface. »

En 1950, à dix-sept ans, elle trouve en elle la force de dire non au destin qu’on lui prépare en secret. Elle quitte la maison familiale à la nuit tombante, à la fin des prières du soir. Elle est accompagnée d’un domestique qu’elle a su gagner à sa cause en menaçant de se jeter du toit de la résidence s’il refusait de la suivre. Sur son cheval au galop, elle a décidé de rejoindre le monastère de Guialtse Rinpoche. Mais son père a lancé huit de ses hommes à sa poursuite. Ils la rattrapent trois jours plus tard et lui donnent la promesse que le contrat de mariage sera rompu.

Consacrer ma vie à la transformation de mon ego limitéRentrée dans sa famille, les changements que va vivre Ani Patchèn se confondent avec l’histoire tragique du Tibet. Car 1950 est l’année de l’invasion de l’Est du pays par les troupes chinoises qui prennent la ville de Chamdo où l’armée tibétaine avait tenté vainement de repousser l’envahisseur. A cette époque la présence chinoise au Tibet se faisait sentir, nous dit Ani Patchèn « comme celle d’un insecte qui pique et disparaît ». Dans le Pays des Neiges immense et peu peuplé, les Chinois mettaient en place progressivement l’infrastructure qui allait permettre la conquête définitive du territoire tibétain : « Ce ne fut que quelques années plus tard que l’occupation se fit pleinement sentir. » C’est pendant ce laps de temps qu’Ani Patchèn prononce un vœu, devant l’autel familial, « consacrer ma vie, dit-elle, à la transformation de mon ego limité, pour atteindre le corps d’arc-en-ciel, du monde de pure lumière ». Et elle prie afin de rejoindre le monastère de Guialtse Rinpoche.

Ayant obtenu l’accord de son père, Ani Patchèn vivra auprès de Guialtse Rinpoche, son maître, une initiation à la pratique spirituelle qui lui permettra ensuite d’endurer les situations les plus cruelles qui soient, en prison et dans les salles de torture des Chinois. Les enseignements bouddhistes ont la vertu de s’adapter à toutes les circonstances de la vie en nous rappelant que rien n’est jamais acquis, que les biens que nous croyons posséder nous possèdent en fait et que le détachement est la seule voie de la paix intérieure et du bonheur. Dans l’un de ses premiers enseignements, son maître ne dit-il pas à Ani Patchèn : « Quiconque est vivant aujourd’hui sera mort dans cent ans. Comme un cheveu que l’on retire du beurre, vous devrez abandonner tout ce que vous aurez accumulé. Vous devrez quitter tous vos biens. Si vous devenez égoïste, même en possédant des biens qui n’ont que la taille d’une fourmilière, vous en éprouverez des souffrances aussi grandes qu’une montagne. Si vous réduisez vos besoins et savez vous satisfaire de ce que vous avez, l’infortune n’aura pas de prise sur vous. »

Au bout de six mois des pratiques qu’on appelle « les préliminaires » et que doivent accomplir les disciples s’engageant activement sur la voie bouddhiste, Ani Patchèn est contrainte de rejoindre Lhemda. Il lui faut accomplir son devoir de chef de province, car son père se fait vieux et la situation au Tibet ne cesse d’empirer sous la pression chinoise.

Que je prenne sur moi la souffrance des autres !

La suite du récit, avec l’arrestation d’Ani Patchèn, son incarcération, les tortures et les mauvais traitements, représente une véritable mise à l’épreuve des enseignements de Guialtse Rinpoche. On est en droit de se demander ce qu’aurait été la vie en prison d’Ani Patchèn si elle n’avait emporté avec elle le souvenir du visage de son maître, rayonnant d’une énergie de sagesse et d’amour qui éclaire les moments les plus sombres de sa détention ; si elle n’avait conservé la mémoire de ses enseignements qui, dit-elle, « m’ancrèrent dans les vérités qui perdurent », et revinrent aux pires moments donner encore un sens à la vie déshumanisée à laquelle ses geôliers la réduisaient.

Très vite Ani Patchèn sait que « la pratique quotidienne implique davantage que la récitation des prières : m’asseoir en méditation n’avait pas de réelle valeur si je n’étais pas capable d’appliquer le sens profond de la réflexion à mes actes. ‘Afin que le monde devienne un lieu meilleur, pratique la tolérance et l’amour’, disait Guialtse Rinpoche. Dès lors je m’efforçai d’éprouver de la compassion envers mon entourage. C’était plus facile à penser qu’à faire. »

Les vingt années de détention qui suivent seront l’application difficile et douloureuse de ce qui a été appris au monastère et dont la vérité se confirme au jour le jour. La foi d’Ani Patchèn ne plie pas sous la torture : « Mon visage et mon corps étaient couverts de bleus. Les coups faisaient monter ma colère. J’essayai de la transformer en prière et je priai : ‘Que je prenne sur moi la souffrance de tous ceux qui subissent le même traitement. Que je porte leur douleur. Que je sois la seule à souffrir et qu’ils soient épargnés !’ »

La vénération d’Ani Patchèn pour son maître ne faiblit pas. Son souvenir l’accompagne et lui donne la force de trouver en elle la sérénité alors que des gardes rouges assassinent près d’elle un jeune lama : « Le visage de Guiltse Rinpoche se dessina devant moi dans toute la douceur de sa compassion. Il se penchait légèrement vers moi et me regardait de ses yeux pleins d’affection et de lumière. Les yeux fermés, j’entendis le glissement du corps que l’on traînait… »

Leçons de vie, leçons de foi, d’amour et de compassion, c’est dans le déchaînement de la haine et de la cruauté subies que ces leçons prennent un sens particulier et que la force des enseignements bouddhistes se révèle. On se sent tout petit lorsqu’on lit ces mots d’Ani Patchèn : « Ayant suffisamment souffert, j’avais peut-être purifié certains actes négatifs passés. Je priai afin que les souffrances que j’avais vécues soient épargnées aux autres. Que tous les êtres, y compris ceux du Tibet aux cimes enneigées, n’aient jamais à endurer les douleurs que j’avais connues. Ces prières calmèrent peu à peu mon esprit. »

Les récits des prisonniers tibétains, même très jeunes, sont empreints d’une force d’âme qui révèle la puissance des enseignements du Dharma. On ne peut les recevoir qu’avec une grande humilité, comme un message d’espoir qui nous montre ce dont nous devenons capables lorsque nous mettons en pratique ce que nos maîtres nous apprennent.

Lorsqu’elle retrouva enfin la liberté en exil à Dharamsala, Ani Patchèn rencontra Sa Sainteté le Dalaï-Lama : « Sa Sainteté me regarda dans les yeux. Et doucement, prenant ma main dans la sienne, elle inclina son front vers le mien. Ce fut comme si un soleil étincelant venait de traverser les ténèbres. Toutes ces années de souffrance n’avaient pas été vaines. » Le sens de tant de souffrances, Ani Patchèn le trouve lorsqu’il lui est donné d’offrir ses souffrances pour le bien de tous les êtres et de les fondre dans le cœur immense du Dalaï-Lama.

Ani Patchèn vit à Dharamsala, en Inde. Elle consacre tout son temps à la pratique spirituelle et poursuit son engagement en faveur de la liberté et de l’indépendance du Tibet. Elle a écrit sa biographie avec Adelaïde Donnelley qui fut psychologue et photographe, avant de devenir écrivain.

Sofia Stril-Rever


Source Bouddhisme au féminin n° 5

jeudi 2 octobre 2014

Miranda Hodgson : "je suis devenue nonne bouddhiste zen"



Depuis son enfance, Miranda Hodgson est une athée convaincue, mais lorsqu’elle commence la pratique du yoga et de la méditation, sa vie prend un tournant inattendu. Onze ans plus tôt, je vivais à New York, et je travaillais comme administratrice des arts pour le Carnegie Hall. J’étais ambitieuse et résolue, mais je sentais que quelque chose manquait à ma vie, et je ne pouvais expliquer ce dont il s’agissait. Ma famille était de Londres, mais s’était installé aux USA lorsque mes deux frères aînés et moi étions très jeunes, afin que mon père puisse poursuivre sa carrière de chirurgien. Nous étions issus d’une classe moyenne aisée, et il était convenu que nous aussi, mènerions de brillantes carrières, nous marierions, et à notre tour, aurions nos propres enfants porteurs du même succès. Mon père était un athée de la veine de Richard Dawkins ou Karl Marx, pour qui la religion était simplement un mécanisme d’oppression politique et sociale. Bien que ma mère n’ait jamais contredit cela, elle semblait quelque peu bouleversée lorsque, occasionnellement, je niais l’existence de Dieu. J’étais aussi athée. Adolescente, j’ai refusé d’être confirmée.

 J’étais passionnée d’écriture, de littérature, et de langues, et j’étais également bonne en sport et en musique – une complète réussite classique. Cependant, l’attitude compétitive qu’on m’encourageait à avoir, couplée à ma personnalité plutôt introvertie, ne m’attira que peu d’amis proches. En plus, être anglaise ne me facilita pas l’intégration à la culture américaine. Enfin, lorsque j’ai eu 18 ans, j’ai pu fuir les limites de la banlieue en allant à Harvard pour y poursuivre des études d'Anglais. J’adorais cela - étudier, écrire, et diriger une compagnie de danse moderne. Je commençai à découvrir qui j’étais, et même si je manquais de la confiance que semblaient avoir tant de mes camarades, je commençai peu à peu, à sortir de ma coquille. J’avais même un petit ami – un jeune homme naturel, charmant d’un an mon aîné, qui était passionné de théâtre. Il était chrétien pratiquant, mais cela ne posait pas trop de problèmes, tant que nous ne nous disions pas à quel point la croyance de l’autre était complètement illusoire et fausse. Cette relation prit finalement fin mais, après avoir obtenu mon diplôme et accepté un poste au Carnegie Hall, je commençai à m’avouer que je ne trouvais plus adéquate la domination de mon athéisme agressif sur ma vie. Il m’était toujours impossible de croire en Dieu, mais je devins peu à peu consciente qu’il y avait d’autres approches, non théistes de la spiritualité dans la vie. Je commençai le hatha yoga, et fut ensuite introduite à la méditation zen par un collègue. J’eus un déclic, quittai mon poste et retournai en Angleterre pour reprendre des études à Oxford. Je continuais à pratiquer avec un groupe local affilié à l’Association du Zen International, basé en France. 

Ayant vécu précédemment une vie orientée sur les objectifs et le succès, m’asseoir en méditation et simplement observer mon état d’être était une nouvelle expérience. Alors que j’examinais mes idéaux, en particulier la validation que je recherchais à travers un travail difficile et acharné, je les trouvai vides, un à un, ils s’évanouissaient. Je réalisai qu’il y avait des choses plus importantes qu’escalader l’échelle de la carrière à n’importe quel prix. Bien que ce fût une expérience libératrice, ce fut aussi incroyablement effrayant à cette époque. Je devais revoir mon approche de la vie, et ce faisant, admettre que, selon mes anciens standards, je me sentais en échec. Au lieu d’avoir un travail bien payé, suivi d’un mariage, une maison et des enfants, j’étais en lutte pour joindre les deux bouts alors que je m’efforçais de mener une existence d’enseignante non diplomée, et de finir mon doctorat en même temps. Puis, alors que cinq années de travail intense arrivaient à leur fin, mes superviseurs décidèrent qu’ils ne voulaient plus m’aider avec les révisions recommandées par les examinateurs, j’ai donc dû passer à autre chose. Sans doctorat, la carrière académique pour laquelle j’avais travaillée était impossible. Après avoir vécu toute une palette d’émotions, être devenue physiquement malade, je décidai d’utiliser l’expérience d’enseignement que j’avais eu à l’université pour aller dans l’enseignement du secondaire. Je continuai de méditer avec le groupe zen et de participer aux sesshins (retraites) à la fois au Royaume Uni et en France. 

En France, j’ai rencontré un maître zen (un pratiquant qui a reçu la permission d’enseigner), et sous sa direction, je fis l’engagement formel de suivre la Voie du zen. Contrairement au Japon, où les moines et nonnes zen sont soutenus par l’Etat, les Européens qui font cet engagement continuent de vivre et travailler dans la société comme ils le faisaient auparavant. Pour moi, la décision de demander l’ordination de nonne vint naturellement. Cela m’a juste semblé être la chose juste à faire ; cela était logique. La vie commençait à se dérouler naturellement. La cérémonie eut lieu dans le petit dojo (hall de méditation) de mon maître près de Tours, en France, lors d’une belle matinée d’été l’année dernière. J’ai reçu un kolomo (un kimono doté de très longues manches) noir à porter sur mon kimono blanc, ainsi qu’un kesa (un rectangle de tissu drapant le corps et l’épaule gauche en méditation) noir et le rakusu (un kesa miniature en forme de petit tablier) que j’avais cousu moi-même. On m’a donné un document traçant ma lignée à partir du Bouddha Shakyamuni, un bol pour mes repas, et un nom de nonne qui ne serait utilisé qu’après ma mort. Je pleurais durant la cérémonie, mais l’air de mon visage sur la photo officielle en dit long : assise près de mon maître je parais émotive, presque bouleversée, mais soulagée et heureuse. 

Près d’un an est passé depuis lors et les réactions des gens à mon ordination ont été variées. Ma mère se montra curieuse et un soutien, alors que mon père n'en a pas parlé ; je n’ai aucune idée de son opinion, à part qu’il ne me désapprouve pas. Je pense qu’il voit que je suis plus heureuse à présent, ce qui lui suffit. Parce que je suis maintenant enseignante, que je ne me rase pas le crâne et ne porte le kolomo et le kesa seulement pour la méditation, je ne parais pas différente des passants que vous voyez dans la rue. Lorsque la plupart des gens entendent le mot nonne, ils pensent aux nonnes catholiques. 

Très souvent, leur première question concerne le pourquoi de l’abandon définitif de l’acte sexuel. Formulé de cette manière, le sexe est similaire à la cigarette ou la boisson : un acte d’auto gratification de consommation de plaisir. Si une personne comprend le sexe d’une manière si égoïste, et dépourvue d’amour, alors je suppose que oui, j’ai « renoncé ». L’un des vœux que j’ai faits quand j’ai été ordonnée, a trait au sexe, et stipule qu’on ne doit pas utiliser sa sexualité d’une manière offensante. Ce n’est pas ce que l’on fait toutefois, mais la manière dont on le fait : utiliser quelqu’un comme une marchandise pour sa propre satisfaction est très offensant considéré sous cet éclairage. Peu après mon ordination, j’ai rencontré un homme avec qui je partage maintenant une relation basée sur la confiance et le respect mutuel. 

Nombre de mes étudiants adolescents savent que je suis nonne, et leurs réactions me fascinent. Ils sont ouvertement curieux de ce que signifie être bouddhiste, et nonne et bien sûr, me questionner dessus prend beaucoup de temps sur les leçons. Une question qui revient assez souvent est si je crois en Dieu, mais je ne suis pas sûre qu’ils comprendraient si je leur disais que l’idée d’un dieu abrahamique n’a pas sa place dans le bouddhisme. D’autres fois, ils me demandent comment je médite. Ils placent leurs mains dans ce qu’ils pensent être une position yogique, ferment les yeux dans un : «Ohmmm ». Je trouve leurs idées préconçues amusantes, et ils ne veulent pas me croire lorsque je leur dis la vérité : que nous nous asseyons en silence et ne bougeons pas ni n’émettons un son, et ce jusqu’à six fois par jour. Je pense qu’il doit être plutôt étrange pour eux de se trouver face à quelqu’un qui a pris un engagement religieux si fort. Quelques uns supposent que je vis comme une puritaine, et sont surpris quand je leur dis que je bois de l’alcool et mange de la viande. « Suivre la Voie du bouddhisme zen est simple, mais pas facile » Mon statut de nonne favorise un dialogue entre mes étudiants et moi mais je pense parfois qu’il nous sépare. De nos jours, les étudiants pensent que pour réussir dans la vie, ils doivent s’efforcer d’obtenir de bons résultats, sans se soucier de savoir si l’apprentissage académique est bon pour eux. 

Je me sens triste face au stress que ressentent mes étudiants lors des examens, et je me souviens de ces mots d’un maître zen qui disait qu’ « être adéquate » est suffisant dans la vie. Après mon ordination, mon maître me dit que l’année suivante, mon karma bougerait plus vite, et je me vis faire quelques changements dans ma vie, en particulier en terme de trajectoire de carrière. Je trouve l’équilibre, au fur et à mesure. Un dicton dit que suivre la Voie du bouddhisme zen est simple, mais pas facile. Cela demande un effort qu’il faut renouveler chaque jour. Lorsque les choses commencent à être oppressantes, je me souviens du poème écrit à l’encre noire sur la soie blanche qui borde mon rakusu : « Avec mon kesa et mon crâne rasé, je suis libre ». La simple vérité de ces mots m’inspireront, je l’espère, toujours. 

 Source : Article paru dans Le Guardian - traduit par Buddha Channel