mercredi 20 mai 2020

LE KARMA - DOCTRINE ET ABUS


La doctrine du karma  imprègne toute la philosophie hindoue. Il s’agit d’une loi impersonnelle de causalité, reprise par le Bouddha, et qui n’a aucun rapport avec une quelconque rétribution morale.

Il existe certainement des causes à tous ces drames, et ces causes ont produit des effets (ce qui est la stricte définition de la loi du karma proclamée par le Bouddha, à savoir : “Il n’y a pas d’effets sans cause”), mais la cause n’est pas forcément imputable à celui qui en subit l’effet. C’est cette constante confusion entre la cause de la souffrance et la responsabilité de celui qui la subit qui fait que le mot “karma” est jeté sans réfléchir au visage de malheureux d’une façon que l’on ne peut que qualifier d’intolérable — comme c’est le cas pour les intouchables en Inde. 

Il y a 2500 ans déjà, le Bouddha s’élevait contre cette division arbitraire en fonction de la naissance et non selon le mérite :
“Ce n’est pas par les cheveux tressés ni par la lignée, ni par la caste que l’on devient brahmane. C’est par la droiture et la vérité qui l’habitent que quelqu’un devient brahmane.” (Dhammapada, 393).

Et encore, aux brahmanes qui lui reprochaient d’avoir accepté une chandâla (une basse caste) comme disciple :
“Il existe une différence marquée entre les cendres et l’or, mais rien de semblable ne sépare un brahmane d’un chandâla. Un brahmane ne naît pas comme le feu du sacrifice, il ne descend pas miraculeusement du ciel, il n’arrive pas porté sur le vent, il ne surgit pas de la terre entr’ouverte. Le brahmane sort de la matrice d’une femme absolument de même que le chandâla. Tous les êtres humains possèdent les mêmes organes, il n’y a aucune différence entre eux. Comment peut-on les considérer comme étant d’une autre essence les uns que les autres ? La Nature ne reconnaît aucune distinction de ce genre.”

C’est pourquoi, même si de nombreux intouchables ont embrassé le bouddhisme qui leur redonne leur dignité d’êtres humains, la majorité, imprégnés de la croyance en un karma rétributif, restent enchaînés à leur sort, avec amertume et un sentiment écrasant de culpabilité, qui les maintient enfermés dans une prison mentale sans issue, à moins que ceux qui leur jettent à la figure le mot “karma” ne réalisent le mal qu’ils leur font et cessent d’employer un terme dont la signification réelle leur échappe.

Dans le Samyutta Nikaya, le Bouddha s’est clairement élevé contre cette croyance populaire du karma “punitif” :
“- Est-ce moi seul qui cause la souffrance, Bouddha Excellent ? demanda Kassapa.
- Non, Kassapa.
- Alors, est-ce quelqu’un d’autre ?
- Non Kassapa.
- Alors moi et quelqu’un d’autre ensemble ?
- Non Kassapa.
- Alors, est-ce le hasard qui l’amène ?
- Non, Kassapa.
- Il n’y aurait donc pas de souffrance ?
- Non, Kassapa, ce n’est pas qu’il n’y ait pas de souffrance, car il y a de la souffrance.
- Bien. Alors, peut-être ne la connaissez-vous pas et ne la voyez-vous pas, seigneur Bouddha ?
- Ce n’est pas que je connaisse pas la souffrance ou ne la voie pas. Je la connais bien et la voie.
- Mais, à toutes mes questions, Bouddha excellent, vous avez répondu non, et pourtant vous dites que vous connaissez la souffrance et que vous la voyez. S’il vous plaît, expliquez-moi cela.
- Kassapa, il y a deux vues erronées. L’une dit que l’acte et toute la souffrance résultante que l’on s’attire n’a pas d’autre auteur  que soi-même et qu’il en est ainsi depuis le commencement des temps. L’autre dit que ce sont les actes d’autres personnes qui sont cause de notre propre souffrance. Il faudrait éviter l’une et l’autre de ces vues, Kassapa.
 Ici nous enseignons autrement. Tous les actes, que ce soient les nôtres ou ceux d’un autre, sont conditionnés par l’ignorance et elle est à l’origine de toute cette masse de souffrance. En mettant fin à cette ignorance en nous-mêmes et, par l’intermédiaire de nous, dans les autres, la sagesse vient à l’être et la souffrance cesse.”

Malgré les textes et les enseignements du Bouddha, de nombreux bouddhistes aussi, dans toute l’Asie, emploient ce mot de karma avec la même connotation punitive. Ainsi, dans les différentes traditions bouddhistes, les femmes s’entendent dire par des moines qu’elles sont nées femmes en raison d’un “mauvais karma” qu’elles ont engendré pour elles-mêmes dans des vies antérieures, et que, par conséquent, elles ne peuvent prétendre à une réalisation spirituelle aussi élevée que celle d’un homme ; par contre, ajoutent-ils, si elles accumulent des mérites dans leur vie présente, elles “se créeront un bon karma”, qui leur permettra peut-être de renaître en homme dans une future existence. Ainsi, les femmes sont-elles conditionnées à douter de leurs possibilités spirituelles, ce qui représente un obstacle majeur à leur engagement sur la Voie.


mardi 12 mai 2020

Upasika Kee Nanayon : Les pollutions mentales

 
La vertu peut s’affiner et se préciser. Lâcher prise, abandonner, renoncer, s’abstenir, couper et détruire : tout cela est affaire de vertu. 
C’est la raison pour laquelle vertu et sagesse doivent aller de pair, exactement comme notre main droite et notre main gauche doivent s’entraider. Elles s’entraident à laver définitivement les pollutions mentales. 
C’est alors que notre esprit peut devenir centré, clair et lumineux. Les bienfaits de ce travail se manifestent au niveau de l’esprit. Si nous n’avons pas ces outils, c’est comme si nous n’avions ni mains ni pieds : nous ne pourrions arriver à rien. 
Nous devons utiliser ces outils, vertu et sagesse, pour détruire les pollutions mentales. C’est alors que notre esprit en bénéficiera
Upasika Kee Nanayon : Les pollutions mentales 
 

lundi 11 mai 2020

Sayalay Dipankara Ce que sentent les animaux






Les animaux sont très sensibles. Ils ont aussi beaucoup de Metta (bienveillance). L’année dernière, j’étais à Sydney. Après la retraite, je séjournais à la campagne. Tous les soirs, j’allais au village en passant par la route, et je chantais des chants de Metta. Il y avait beaucoup de vaches, de chevaux et de kangourous, et je chantais pour eux, du fond de mon cœur. Je leur souhaitais qu’ils puissent pratiquer la méditation dans leur prochaine vie, en tant qu’humains, et je le leur disais, de tout mon cœur. Je crois qu’ils pouvaient le sentir.


Comme j’ai un problème de genou, je ne peux pas toujours bien marcher et des fois je dois me reposer. Un jour, j’étais restée dans ma kuti (mini bungalow). Je pouvais entendre les vaches, pendant des heures, elles meuglaient terriblement fort. Je sentais qu’elles pleuraient. Alors j’ai décidé d’ignorer la douleur, je suis allée les voir. Quand elles m’ont vu, elles se sont toutes arrêtées. Elles se tenaient toutes tournées dans ma direction. Alors je me suis mis à chanter le chant de Metta, et à partager mes mérites avec elles. Elles ont écouté très calmement, jusqu’à ce que j’aie fini. Elles ne se sont mises à bouger qu’après que j’ai fini de chanter. Je crois qu’elles sentent ces choses.

Dans mon centre de méditation,  il y a trois chiens. Ils me protègent toujours. Un jour, trois bhikkhus venant du centre Pa Auk sont venus me visiter. Je les connaissais bien parce qu’ils avaient pratiqué la méditation avec moi chaque année quand j’étais allée enseigner au Japon. Ils avaient participé à chaque retraite, et je leur enseignais à chaque fois. À cette époque-là, ils étaient très gentils avec moi. Après que je sois revenue du Japon, ils étaient allés dans un monastère et s’étaient faits ordonner. Après leur ordination, ils sont devenus très hautains. « Nous sommes des bhikkhus, nous sommes des moines, supérieurs à des nonnes. » Vous voyez de quoi je veux parler. Ils avaient ce genre de pensées. Quand ils sont venus à notre centre, je me suis occupée d’eux, je leur ai offert de la nourriture, et tout ce dont ils avaient besoin.
Après cela, l’un des moines, qui avait été l’un de mes étudiants, se mit à critiquer notre centre. Je suis restée tranquille et je n’ai rien dit, je lui ai juste pardonné. Je savais qu’il avait oublié sa situation. Parce qu’après avoir mis la robe, il s’était mis à penser qu’il était supérieur, et qu’on devait toutes lui rendre hommage. Ils ont toujours ce genre d’attente. C’est aussi très dangereux pour eux. Même si ils ont mis les robes, ils n’ont quand même pas pratiqué jusqu’à atteindre le degré de sotapannas (être entrés dans le courant du Dhamma, autrement dit, avoir connu un premier degré d’illumination). 

Le Dhamma est plus élevé que la Sangha, ils l’ont oublié. Ils pensent qu’une fois qu’ils sont devenus moines, tout le monde doit leur rendre hommage, que tout le monde leur est inférieur. Ils pensent comme ça, beaucoup d’entre eux. Ils apprennent de nous, et après leur ordination, ils pensent que nous leur sommes inférieures.
Donc ils se sont comportés comme ça avec moi, mais j’ai accepté. J’ai ignoré leur attitude, j’ai pratiqué l’équanimité, j’ai pensé seulement à ce que je devais faire. Mon devoir est d’enseigner le Dhamma. Mon seul intérêt est de devenir arahant (le stade ultime d’éveil). Je ne m’intéresse pas à mon nom. Si je veux être connue, c’est très facile, mais ça ne m’intéresse pas. C’est pour ça que je ne veux entrer en compétition avec personne. Si d’autres veulent entrer en compétition, qu’ils fassent ce qu’ils veulent, ça ne m’intéresse pas. Je m’en vais. C’est mon style, ça fait des années que je fais comme ça.

À la fin, ils étaient sur le départ et se tenaient au bord de la route. Alors je voulais me prosterner devant eux (selon la coutume), et je me suis prosternée devant les deux premiers moines. Ensuite, je voulais me prosterner devant le troisième, celui qui nous critiquait. Je voulais juste le faire respectueusement, sans mauvais ressenti, avec un cœur pur. Alors nos trois chiens sont apparus et se sont mis en face de moi. Je ne pouvais pas me prosterner, vraiment, c’était impossible. Tout le monde s’est arrêté, tout le monde était surpris. Je voulais m’incliner, mais ils me poussaient la tête. J’étais vraiment surprise. Les chiens ressentaient la situation et ils ne me laissaient pas m’incliner.

Alors l’un des anciens moines qui était là m’a dit : « sœur, tu ferais mieux de ne pas te prosterner. » Les chiens ressentaient donc tout cela. C’est pour ça qu’il faut envoyer Metta à tous les êtres vivants.

Et vous aussi (en s’adressant à l’assemblée), vous deviendrez peut-être des bhikkhus (moines), et si vous le devenez, ne soyez pas si hautains. Même les animaux ne vous aimeront pas si vous êtes hautains, d’accord ? (rires)

Les robes sont les robes, elles ne sont pas importantes. La question importante est : pourquoi se faire ordonner ? La raison, c’est qu’on veut se détacher de nos défauts, les enlever, mettre un Dhamma pur dans nos cœurs. Ils ont oublié cela. Parfois, ils deviennent connus, ils se font un nom. Ils ont beaucoup de possessions, les gens leur en offrent beaucoup. Ils ont beaucoup de dévots, et ils oublient tout. Ils deviennent hautains et ne savent pas comment vivre avec les autres. C’est un problème dans de nombreux centres, il y a beaucoup de jalousie. Ne croyez pas que la vie monastique soit paisible. Pour le savoir, il faut s’y être confronté, comme je l’ai fait pendant cinq ans. Au bout de cinq ans, on sait combien c’est difficile. Ce n’est pas que tous soient mauvais, il y en a qui pratiquent vraiment le Dhamma.

Ceux qui atteignent un certain niveau de pratique savent comment se contrôler. Il faut pratiquer au moins jusqu’au stade de sotapanna. Après cela, il n’y a plus de jalousie, on se sent bien. On sait comment s’occuper de son esprit, et alors on est en sûreté. C’est là seulement qu’on tire parti du fait de porter la robe. C’est pour ça que, quand j’ai des étudiants qui veulent prendre la robe, je ne les encourage pas à se faire ordonner rapidement. Attends. Tu dois d’abord pratiquer jusqu’à devenir sotapanna. Ils ne sont pas toujours contents de moi. Partout où ils vont, ils peuvent être ordonnés très facilement. Mais je leur dis d’attendre jusqu’à ce qu’ils soient vraiment satisfaits de leur pratique. Sinon, je me fais du souci pour eux.

C’est ce que je veux partager avec vous :  je ne suis pas sûre de vos intentions. Est-ce que vous voulez le nirvana ou pas ? Nirvana, c’est la vacuité, pas de nama (esprit), pas de rupa (corps). Pas de possessions, pas de maison. Plus de souffrance, parce que vous avez tellement de choses. Quand vous voulez beaucoup de choses, vous devez souffrir, vous comprenez ? La vacuité, c’est le vide. Ceux qui comprennent vraiment le Dhamma apprécient le vide. Si vous avez beaucoup de choses, vous vous faites beaucoup de souci.  Si vous avez dix voitures, vous avez dix voitures à réparer. C’est comme ça. La vacuité, c’est le vide. Plus de souffrance. C’est ça le vrai nirvana.

Source Bouddhisme au féminin voir article complet

dimanche 10 mai 2020

Tara. Choying Lhamo. - Témoigner

 

Témoigner

Pendant deux ans, une amie m’a demandé de façon répétée de prendre la parole pour parler de mon expérience, j’ai toujours refusé, je répondais : de quoi puis-je parler, j’ai juste suivi mon chemin et je suis toujours sur mon chemin, c’est simplement ma vie, mais elle insistait : ton expérience m’a tellement inspirée, c’est inspirant pour les gens de simplement entendre le récit de ta vie. Aussi quand j’étais en Autriche pour m’occuper de ma mère malade, j’ai pensé : la motivation première de mon chemin, c’est d’aider les autres, alors j’aiderai, je ne sais pas de quoi je vais parler, mais je vais parler.

Question  : vous avez dû avoir des moments difficiles, qu’est-ce que vous avez fait ?

Bien sûr, il y a eu des moments d’énormes difficultés, j’ai beaucoup pleuré. Pourquoi, parce que nous devons affronter notre fonctionnement mental habituel dont nous n’avons même pas conscience tant que nous sommes dans notre vie quotidienne, nous mangeons, nous rencontrons des amis, nous écoutons de la musique, on se lève le matin, etc.. mais au moment où tout cela n’est plus là, quand on est en retraite, on se dit : « qu’est-ce qui se passe ? où sont mes conversations, mes livres, mes sorties, mes ceci, mes cela.. » C’est très difficile. Et aussi le fait qu’on a grandi dans notre monde occidental avec notre mode de vie confortable, c’est difficile d’aller dans un pays comme le Népal, pauvre, avec la saleté, l’eau, les maladies, la nourriture…  et en haut dans les montagnes, rien à manger, l’eau qui gèle dans la chambre.

Au plan physique vous devez affronter beaucoup de difficultés, mais encore plus les difficultés qui viennent du mental et des émotions. Quand on est seule, tout cela surgit, et par la méditation, la pratique, on va de plus en plus profondément en soi-même, ce qui est formidable d’un côté et n’est jamais ennuyeux, on peut suivre ce chemin indéfiniment et il ne va pas se répéter parce qu’on découvre de nouvelles choses sur lesquelles travailler, mais en même temps, c’est très dur. Mais, comme mon lama me l’a expliqué, le principal est de comprendre toute cette souffrance qui vient principalement de notre façon habituelle de fonctionner, et aussi de nos pensées, de notre façon de réagir très automatique, de voir surgir de fortes émotions, tout le chemin est en fait un chemin de developpement de la conscience attentive (mindfulness), c’est comme une bataille contre nos automatismes.

Certaines personnes disent ce n’est pas naturel, bien sûr ce n’est pas naturel, notre façon de fonctionner parait si familière, combattre notre propre nature, mais ce n’est pas notre nature, il s’agit seulement de se débarrasser de nos vieilles façons de fonctionner, c’est alors seulement que nous découvrons notre vraie nature, libre, dans ce moment, dans cette situation, sentir ce qui se passe, être en contact avec ce moment.
Je dirai que ma vie est devenue plus facile, depuis disons 2005, 2007, 2008, 2010… maintenant, la plus grande partie de ces façons automatiques de fonctionner ont disparu et ma vie et mon esprit sont devenus plus faciles et pleins de joie. Mais il y a quinze ans, c’était vraiment une lutte.

Question : est-ce que vous êtes libre ou y a-t-il encore des choses à surmonter ?

À un niveau basique, je dirai que je suis assez libre. Je peux revenir au moment où cette expérience a commencé en 2001 où l’esprit est juste dans un état sans pensée, on est simplement assis, simplement clair.
Depuis ce moment, je n’ai plus autant de pensées. J’utilise mon cerveau quand j’ai besoin de penser, autrement, c’est juste blanc, clair, joyeux, un esprit spacieux. Et si vous n’avez pas beaucoup de pensées, vous n’avez pas d’émotions parce que les émotions qui viennent des pensées diminuent naturellement, et à l’opposé, la compassion surgit naturellement. La compassion de sentir la souffrance des autres … La compassion grandit : si seulement je pouvais donner mon esprit à tout le monde, mais je ne peux pas.
L’essence du chemin, c’est de commencer à développer la vigilance attentive (mindfulness) ce qui revient à ce que j’ai déjà dit, principalement se libérer de nos vieilles façons de fonctionner automatiques. Nous ne sommes pas conscients de ce que nous disons, faisons, pensons. La plupart du temps, nous ne savons pas ce que nous pensons, et très souvent, nous ne savons pas ce que nous disons. On se dit, mais je n’ai jamais dit ça. Et oui, on l’a dit ! Et ça arrive souvent, parce qu’on n’est pas conscient. C’est un point des plus important, en fait c’est tout le chemin.

Si on veut atteindre un lieu intérieur de paix, de bonheur, de compassion et de bienveillance, il faut développer une conscience attentive dans toutes les situations de la vie. Et cela nous pouvons le faire dans toutes les situations de notre vie, il s’agit seulement de se reprendre ou de s’interroger : qu’est ce qui se passe (en moi) ?
Par exemple quand vous marchez dans la rue. Récemment, à un ami, en Autriche, un jeune homme, je demandai : es tu conscient que tu es en train de marcher, il me regarda et dit : non,  pourquoi ? Nous devons nous rappeler encore et encore d’être dans un état de conscience vigilante, quoi que nous fassions. Regardons dans ce moment ce que je suis en train de dire, comment est-ce que je bouge. Nous oublions tout le temps. Nous pouvons utiliser la technologie pour venir à notre aide, une sonnerie à chaque heure pour nous rappeler de revenir à maintenant.

Pour être aidé, il est bénéfique le matin au réveil de s’asseoir pendant quelques minutes et essayer de concentrer le mental sur notre motivation : qu’est-ce que je veux faire et comment je veux être et faire de même le soir, s’asseoir et regarder : que s’est-il passé aujourd’hui, comment ai-je réagi dans certaines situations et voir, ce n’était pas très bien, et vouloir être plus conscient, plus attentif, vouloir changer. C’est une pratique très importante et bénéfique et aussi pratiquer la patience.
La pratique nécessite une présence attentive, si quelqu’un me met en colère, je dois être consciente de ce qui se passe en moi, vouloir être patiente, généreuse, bienveillante, plus disciplinée, essayer de ne pas blesser les autres, être attentive à ne pas blesser les autres par ce que nous disons ou faisons.

Question : la science parle désormais de la nature ultime des choses comme étant vide ?
Oui, la science en est venu à voir que les objets sont vides et qu’ils sont en fait de l’énergie pure… Mais il faut faire attention, le chemin demande de se purifier de nos négativités, de développer les aspects positifs, plus on va profond dans la compréhension et la vision intuitive, simultanément la compassion grandit. Ce n’est pas quelque chose qu’on étudie, il y a une grande différence entre comprendre quelque chose et réellement l’expérimenter. Nous pouvons comprendre la vacuité par des écrits philosophiques, mais si nous ne pratiquons pas…

La nature vide des phénomènes ne peut pas être comprise par le mental, elle ne peut qu’être expérimentée. On peut dire que notre nature est comme un ciel sans limites, ni haut ni bas, ni gauche ou droite, ni centre, ni extérieur ni intérieur, vide d’objets.
On peut imaginer des choses, on peut penser à des choses qui ont un sens mais si on l’expérimente pas, l’autre coté qui est  sagesse et compassion n’est pas là.

Plus on l’expérimente, plus la compassion grandit pour les autres, sinon on reste attaché aux pensées et aux émotions négatives et à la souffrance, ce qui n’est pas nécessaire du tout.
Quand la science commence à prouver cela, le côté de la compassion manque. Tout est vide, votre frère n’est pas là, personne n’est réellement là, alors on peut juste blesser un autre, prendre ce qu’on veut, faire ce qu’on veut. Laisser les gens dans l’ignorance par la publicité, le business, etc.

Question : Est-il indispensable d’être en retraite solitaire comme vous ?

Ce n’est pas nécessaire de passer son temps dans la solitude. Si on a une forte aspiration d’arriver à l’Eveil, alors on peut avoir besoin de solitude. Cela dépend de la force de notre aspiration  à atteindre des moments d’éveil. Comme j’étais très motivée, je suis allée en solitude, mais si vous ne ressentez pas cette urgence, vous pouvez être attentive (là où vous êtes.)
L’essentiel c’est de développer la conscience attentive (mindfulness). Toute la technologie à notre disposition maintenant peut être mal utilisée, il faut l’utiliser consciemment.

Question : Vous ne dites pas ma compassion grandit, mais, vous parlez de façon impersonnelle :  la compassion croît. D’où la compassion vient-elle ?

La compassion vient de l’Un que nous sommes, bien que nous nous voyions comme des individus. Quand on parle de la nature de l’esprit, dans le bouddhisme on parle de la nature de Bouddha qui se trouve dans tous les êtres, dans le christianisme on pourrait dire Dieu, la nature de Dieu en toutes choses, toute chose est finalement pure, embrassant tout, la vacuité de laquelle tout a surgi, mais l’essence, la base de tout, comme le dit la physique quantique, cette énergie qui englobe toutes choses est compassion. C’est seulement notre individualité à laquelle nous nous accrochons qui nous fait souffrir. L’individualité est seulement au niveau extérieur, mais notre nature est l’Un, l’unité, la compassion surgit naturellement, on veut que tout le monde connaisse cet état.

Question : Cela fait-il une différence d’aller dans tel ou tel endroit ?

Oui, l’endroit où nous nous trouvons peut faire une différence. Si nous sommes avec des maitres qui irradient la compassion, on se sentira naturellement plus en paix, le bouddhisme dit même que pratiquer là où des maitres ont vécu ou des boddhisattvas comme Jésus, c’est l’équivalent de pratiquer sept ans en un endroit non aussi propice –  si nous avons la possibilité de choisir.

Question : Comment réagissez vous désormais aux négativités qui viennent à vous ?

S’il y a des négativités, j’éprouve seulement de la compassion parce que je sens : qu’est-ce qui se passe dans cette personne, combien de confusion, combien de difficultés il ou elle doit avoir dans sa vie, combien la conscience attentive manque. Des fois, apparemment sans raison, quelqu’un devient agressif, je me sens immédiatement triste et compatissante pour cette personne et j’aimerai l’aider.
Si on répond à l’agressivité par la compassion, alors rapidement les gens sortent de leur agressivité. Ce qui fait une réelle différence. Si on peut changer même un peu l’état de cette personne, cela aura un impact autour d’elle, pour le bénéfice de toute la société.

Question : Avez-vous été malade pendant vos retraites ?

Je n’ai jamais sérieusement été malade sauf au début de mon séjour en Inde comme tout le monde. Durant mes retraites, avant d’aller dans le centre de retraite en solitude, j’ai eu un parasite, cela a été un problème pendant un an et mon lama me donnait des produits issus de la médecine traditionnelle que j’essayais : ayur veda, médecine indienne, tibétaine, rien n’aidait, au point que mon lama me dit que peut-être je devais retourner dans mon pays mais alors, mon autre lama avec qui j’avais eu une autre connexion plus tard, me dit : ne pars pas, il fit une sorte de prédiction : retourne à ta retraite, pratique, arrête de courir chez les docteurs, arrête de prendre tous ces médicaments. La solitude, les prières et ta pratique, va !

Alors je ne sais pas comment, mais c’est passé.  Après toutes ces années assise dans le froid des montagnes, après l’accident que j’avais eu et de ne pas avoir pris soin de mon corps pendant vingt ans, j’ai eu des problèmes, mais j’avais la totale certitude que si l’esprit est clair, stable, la souffrance extérieure n’est plus la même, parce que notre principale souffrance est dans l’esprit. On cherche toujours le bonheur extérieurement, et on a la souffrance aussi.
Trois fois, j’ai connu des moments particulièrement difficiles, je pleurais tout le temps, perdue dans l’obscurité intérieure, mais je n’ai jamais perdu ma foi dans le symbole du Bouddha, et dans mon enseignant. La première fois, j’ai même pensé à me tuer, mais je me suis dit : ça ne va pas aider, et après ? dans la prochaine vie le problème va revenir en pire, ce n’est pas une solution, et il n’y a rien d’autre à faire que de traverser cette souffrance. Tout est impermanent, cette souffrance aussi. C’est bien de sentir que ça ne va pas durer toujours et si je passe à travers cette épreuve, elle ne va pas durer toujours. Je n’ai jamais perdu la foi, juste s’asseoir et lâcher prise.

Source Bouddhisme au féminin voir l'article complet