mardi 7 février 2017

La Concentration, sixième facteur d'Eveil par les nonnes de la Maison de l'Inspir

Sixième message pour la retraite d'hiver 2016-2017

3 Février 2017 , Rédigé par Maison de l'Inspir
Chère Sangha, en grande progression dans l'éveil, voici notre sixième message pour cet hiver ! Avec nos meilleures appréciations et encouragements pour votre pratique !



La concentration, sixième facteur d'éveil


La concentration (samadhi), est avec la Pleine Conscience et la vision profonde un des piliers de la pratique. En traduisant samadhi par concentration, nous nous heurtons aux difficultés inhérentes des traductions. En consultant le glossaire du Cœur des enseignements du Bouddha, nous pouvons voir que Thầy nous offre plusieurs entrées et si nous consultons un dictionnaire Pali-français par exemple nous pouvons y trouver : « accord, paix, réconciliation ou état de calme caractérisé par l'harmonie de l'esprit et la non-confusion résultant de la pratique de la méditation »
Unification de l'esprit … et du corps : - imaginons que notre corps soit séparé en plusieurs morceaux, un bras par-ci, une jambe par-là, le tronc, sous un arbre, la tête ailleurs… et notre esprit serait sûrement lui aussi très dispersé car nous savons bien que la première caractéristique de l’esprit c’est le corps. Imaginons alors qu’en poussant un grand cri très fort nous puissions d’un seul coup réunir toutes les parties de notre corps et que celui-ci retrouve son intégrité complète, nous serions donc pleinement conscients de ce corps, et du même coup de notre esprit, nous pourrions alors voir que la concentration c’est l’absence de dispersion.
Nous connaissons tous la concentration et la pratiquons depuis notre plus jeune âge, c'est un élément essentiel de notre vie quotidienne. Mais en sommes-nous vraiment conscients ? Quelle est l’intention qui sous-tend cette concentration ? Est-ce une concentration appropriée ? Sommes-nous en accord avec les Entrainements ?


La concentration est un facteur d'éveil qui s'harmonise avec les autres facteurs, et que serait-elle sans pleine conscience, sans joie sans détente ? Nous savons bien que pour atteindre un état de pleine conscience nous devons au début faire un petit effort de concentration, sur notre corps, sur notre souffle, puis lorsque cette pleine conscience du corps et du souffle est présente et paisible, alors peu à peu notre concentration se renforce et se nourrit. Nous avons besoin de la concentration pour être en pleine conscience, et cette pleine conscience nourrit et renforce la concentration.
Ce sont les deux aspects de la concentration, proposés par Thầy dans le chapitre sur la concentration juste (Le Cœur des Enseignements du Bouddha), à savoir : la concentration active et la concentration sélective.

Nous vous proposons d'explorer ces deux aspects à travers des propositions de pratique :

- la concentration sélective :
« C'est choisir un objet et s'y maintenir » Quand sommes-nous conscients de  pratiquer une concentration sélective ?
- Au cours des gestes de la vie quotidienne : prendre le temps de revenir à sa respiration et pouvoir se dire : « je suis concentré(e) sur ce que je fais à cet instant », comme préparer le repas, éplucher les légumes… « j'ai conscience d'être concentré sur mes gestes ». Nous pouvons aussi nous interroger : est-ce une concentration appropriée ?
- Dans les moments privilégiés de pratique formelle de la méditation, avoir conscience de sa posture assise, d’une colonne vertébrale bien établie dans sa courbure naturelle, concentré(e) sur le souffle ; avoir conscience d'être concentré sur ses pas lors de la marche méditative, laisser s’établir une concentration harmonieuse en lien avec nos pas et notre souffle
- prendre conscience que notre mental, plus particulièrement Manas, est toujours prêt à nous distraire quand il se sent menacé et trouve beaucoup d'astuces pour éviter que nous restions concentrés et nous dit « j'ai trop chaud, trop froid, l'oreille me gratte, etc… ». Il ne s'agit pas de faire de l'héroïsme mais d'être conscient : « là il y a une douleur qu'il faut soulager, ou bien là c'est mon esprit qui me pousse à la distraction »

- La concentration active
« En pratiquant la concentration active, on accueille tout ce qui se passe dans l’instant présent, même si cela change»
C'est une concentration ouverte, spacieuse que nous pratiquons quand Thầy nous invite à être dans nos pas, ouvert à la nature, au chant des oiseaux. Au fil de nos pas, de notre marche méditative, attentifs, nous sommes pleinement conscients(e) de notre environnement immédiat qui va se révéler de lui-même à nos regards.
- Essayons de pratiquer ainsi la marche méditative : - allons au bord d’une rivière, ou bien le long d’un bois, d’une forêt, ou encore sur la crête d’une colline, puis pratiquons la concentration active qui inclut notre corps, nos pas, notre respiration, puis peu à peu au fil de la marche nous incluons aussi tout ce qui se présente autour de nous, afin de ne faire qu’un avec notre entourage, les arbres, les champs, la rivière, le chemin où l’on marche, les personnes que nous croisons, les paysages… le sourire d’un enfant. Puis nous ne les voyons plus et les laissons partir paisiblement sans avoir l’idée de les garder juste pour soi.
« Le vent souffle dans le bambou
et le bambou danse.
Quand le vent s'arrête,
le bambou pousse en silence… »



* commentaire de Thầy: « Le vent se lève et le bambou l’accueille. Le vent s’en va et le bambou le laisse partir »
« En pratiquant la concentration active, on accueille tout ce qui vient. On ne pense à rien d’autre et on ne rêve de rien. On est simplement établi dans le moment présent de tout son être. Tout ce qui vient, vient. Lorsque l’objet de notre concentration est passé, notre esprit reste clair comme un lac paisible. »


Voici un deuxième aspect de la pratique de la concentration :
- assis calmement au pied d’un arbre, ou sur un coussin, une chaise, chez soi, dirigeant notre attention sur le souffle, sur notre posture, nous accueillons tout ce qui se produit dans notre mental au moyen de la reconnaissance pure, car nous savons bien que nous ne pouvons pas arrêter le flux de nos pensées.
Exemples :
* Lorsque nous avons un souci, une inquiétude, juste nous reconnaissons que c’est un souci ou une inquiétude, et nous accueillons cela tel quel sans en être affligé(e) particulièrement.
* Lorsque nous avons de la joie ou de la compassion, juste nous reconnaissons que c’est un sentiment de joie ou de compassion, et nous les accueillons tels quels sans être emporté(e) par de l’euphorie par exemple.
* Si nous n’avons pas de pensée particulière, c’est-à-dire si nous avons une pensée neutre, alors reconnaissons-la aussi simplement. Cependant une pensée neutre peut aussi devenir une pensée agréable du simple fait de notre posture stable et concentrée.
« …Un oiseau argenté vole sur le lac d’automne.
Lorsqu’il est passé, la surface du lac n’essaie pas de retenir son image. » TNH
* commentaire de Thầy: « Une fois l’oiseau passé, le lac reflète les nuages et le ciel avec la même clarté. »
Proposition de lecture :
- Les quatre niveaux de concentration : - nous vous invitons à être curieux et à vous pencher sur les textes traduits de Maître Tăng Hội par Thầy - (Page 40 et suivantes). Nous découvrirons les quatre états de concentration rencontrés au cours de la méditation qui est une des Six Paramitas : Dhyana Paramita – La Perfection de la Méditation.
Poème d’un ami :
« Cheminant dans la campagne, ce matin de bonne heure,
Le corps et l’esprit se rejoignent au firmament ;
Chaque pas, chaque souffle, est aussi frais qu’une fleur.
Dans la brise, les arbres nous livrent leur Enseignement. » CLT

lundi 9 janvier 2017

L'impermanence : l'enseignement clé du Bouddha par Jeanne Schut

Le concept d’impermanence occupe une place centrale dans la pensée bouddhique. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Ce principe d’impermanence nous montre que rien n’est immuable ou éternel. Tout disparaît, tout apparaît, chaque chose étant en constante mutation et perpétuel changement. Sagesses Bouddhistes reçoit Jeanne Schut, de tradition theravada, pour en parler, le temps de deux émissions.




La prise de conscience des choses qui ne vont pas durer est la cause d’une grande souffrance. Aussi, comprendre, expérimenter, apprivoiser durablement cette notion d’impermanence conduit vers l’apaisement, le lâcher-prise, sans pour autant être dans l’indifférence... mais comment expérimenter l’impermanence ? Jeanne Schut répond aux questions de Sandrine Colombo.








mercredi 28 décembre 2016

Sofia Stril Rever : La Responsablité Universelle face aux défis planétaires

Sagesses Bouddhistes reçoit Sofia Stril-Rever, biographe française et interprète du Dalaï-Lama, co-auteure de l’ouvrage « Nouvelle Réalité – l’âge de la responsabilité universelle » qui comporte le message essentiel de celui-ci pour le monde et les générations futures. Le Dalaï-Lama rappelle avec force que tous les problèmes du monde créés par l’humanité ne pourront pas être résolus miraculeusement par des forces extérieures, mais bien par la prise de conscience courageuse de chacun et chacune, qui permettra de faire face aux défis mondiaux à traiter dans l’urgence.



Sagesses Bouddhistes retrouve Sofia Stril-Rever pour la 2ème partie de l’émission consacrée à la responsabilité universelle. Recueilli et écrit sous la forme d’un « Manifeste de la Responsabilité Universelle » c’est un vibrant appel que lance le Dalaï-Lama pour le monde et les générations futures. Co-auteure de ce texte fondateur, l’invitée propose aujourd’hui l’essentiel de ce texte très important.




lundi 14 novembre 2016

La relation entre la compassion et les quatre nobles vérités par Anne Michel

Spécial compassion du n° 20 – dix ans de présence sur le net
Anne Michel nous a envoyé ce beau texte (et cette belle photo) sur la relation entre la compassion et les quatre nobles vérités :




Les deux ailes de l’oiseau qui permettent à la méditation de nous diriger vers l’Eveil, sont la sagesse et la compassion, nous dit le Bouddha.
En approfondissement les 4 vérités nobles, nous comprenons que la vie n’est pas parfaite. Ce n’est pas une position philosophique, c’est la réalité de l’expérience vécue: les choses changent. L’expérience est parfois bonne et parfois douloureuse. La méditation ne va rien changer à ce réel. C’est la première vérité.
La 2ème vérité est liée à ma manière de me situer dans la vie. Puis-je recevoir et accepter avec compassion l’imperfection du monde, en moi et hors de moi? Ou suis-je dans l’aveuglement de croire que les choses pourraient ou devraient être ok une fois pour toute? La réactivité est liée à la soif: notre attachement pour l’expérience quand elle est bonne et notre aversion lorsqu’elle change et devient douloureuse. Ce qui bloque l’énergie vitale, bienfaisante et universelle de la compassion, c’est l’ignorance, qui s’exprime par la peur, la colère, la frustration qui envahissent parfois l’esprit. Lorsque ces énergies sont apprivoisées et que nous ne sommes plus sous leur emprise, naturellement les qualités d’empathie s’affinent et la compassion devient de plus en plus souvent disponible.
3ème vérité: la libération est possible quand le cœur sait lâcher prise de la soif, ou du désir, sous toutes ses formes. Ce qui reste est alors simplicité, bonté, humilité, compassion. La méditation aide à se souvenir qu’il est possible d’être libéré, ici et maintenant.
 
Très concrètement ce souvenir peut être vivifié en prononçant silencieusement des paroles de compassion:
Je suis sensible à ma (ta) peine
Je reste en silence avec elle
Mon cœur accepte mes (tes) limites ici et maintenant
Que je (tu) sois libéré de la réactivité à la souffrance.
Et c’est un exercice porteur en même temps d’espace et d’intimité avec l’expérience: il y a l’observateur bienveillant, objectif, et le ressenti précis, sans commentaires, de l’expérience.
Les paroles sont répétitives, limitées aux mots que je choisis de dire, clairement orientées vers la libération. Je peux les dire en assise, en marchant, couché le soir avant de dormir… Je peux les dire rétrospectivement, lorsqu’une expérience douloureuse met l’esprit à l’étroit.
Compassion: entourer, accueillir la peine lorsqu’elle émerge. En moi d’abord, pour pouvoir le faire pour l’autre. La peine, plus particulièrement la peine interrelationnelle, est menaçante et il peut y avoir en nous une volonté plus ou moins consciente de la rejeter sans la laisser être, de la fuir ou de prétendre. En plus de la douleur, je rajoute du stress et de la réactivité. La double flèche dont parle le Bouddha. Si la première flèche, celle de la souffrance, est inévitable, la deuxième est notre responsabilité: je peux abandonner l’identification et la réactivité à la souffrance. Je ne suis pas “que çà”. Je suis aussi sagesse et compassion: je peux tranquillement laisser être et laisser passer l’expérience, sans lui donner trop de pouvoir. C’est bon se de souvenir que notre nature fondamentale, ici et maintenant, est l’ouverture du cœur à l’expérience. Ainsi la réalisation que je ne suis pas l’expérience devient une aide fondamentale pour demeurer dans la compassion lorsque les évènements de notre vie nous mettent au défi.
Anne Michel anime en Suisse des sessions et des retraites dans la tradition du Théravada et pratique le dialogue conscient en région parisienne à l’invitation de Terre d’Eveilson site : Mudita