dimanche 1 mars 2015

La compassion d'Alexandra David Neel : Sauver une chienne en détresse







Lettres à son mari - 1915
 
Dans la soirée, grosse aventure ! On signale au loin un chien qui s'efforce de se frayer un passage dans la neige et n'y peut parvenir. Le pauvret apparaît en détresse et l'est réellement. La nuit est proche, qu'est-ce qu'il va devenir ? Je dis : «Je vais aller le chercher. » 
Autour de moi on se récrie, il n'y a pas de sentier frayé, il faut descendre dans un petit ravin, remonter sur l'autre versant. Enfin, je verrai bien si je peux arriver. J'ai des pantalons de flanelle, de hautes bottes de feutre et un imperméable. Allons !... C'est vite écrit, allons, mais je t'assure que je n'allais pas vite avec de la neige plus haut que la ceinture, tâtant la route devant moi avec un bâton pour me rendre compte si je ne descendais pas dans quelque trou. 

Après un bout de chemin j'aperçois un de mes garçons qui grimpait revenant du village, je le hèle et il m'accompagne. C'était une vraie expédition polaire, froid en moins. Nous perdons le sentier, mon domestique tombe dans un trou, je le tire par la tête pour l'en sortir et, peu après, il me rend le même service. 

Nous grimpons sur des rochers que nous ne voyons pas et nous arrivons au chien qui est pris sous la neige et ne peut bouger. Pour combler la mesure, l'animal effrayé et très sauvage montre des dents menaçantes bien qu'il soit un tout jeune toutou.
 J'abrège les détails, on passe une corde sous l'animal et on le haie à la remorque jusqu'au monastère où il, ou plutôt elle, car c'est une femelle, se montre de l'humeur la plus féroce. 

Aujourd'hui, après avoir bien mangé, l'animal paraît de tendances plus pacifiques, dans quelques jours il sera tout à fait gentil. Il est poilu comme un yack, tout noir, nez noir, yeux noirs, un peu de fauve seulement à l'extrémité des pattes. 
Cette race de chiens garde les troupeaux de yacks et les tentes nomades dans les steppes du Tibet. Ce sont des bêtes à moitié sauvages, très fortes et redoutables pour les étrangers. 
Qu'adviendra-t-il de ma rescapée ? Quoi qu'il en soit, ma petite protégée a mangé une grosse assiettée de riz que je tenais à la main, mais, après, quand j'ai voulu la caresser, elle a esquissé un mouvement de museau menaçant, mais il y a déjà grand progrès car elle n'a pas montré ses petites dents blanches et aiguës. 
Voilà tous les événements, grand cher.  

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